André Gaborit - chanteur poète

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Le vieux vagabond Le vieux vagabond  

Dans ce fossé, ces­sons de vivre ; je finis vieux, infirme et las. Les pas­sants vont dire : il est ivre. Tant mieux ! Ils ne me plain­dront pas....


A propos de Pierre-Jean de BERANGER A propos de Pierre-Jean de BERANGER

Pierre-Jean de Béranger, chan­son­nier du XIXième siècle, consi­déré comme le père de la chan­son moderne, en a exploré tous les styles : de la chan­son à boire à la satire, de la romance à la chan­son sociale, sans oublier la chan­son poli­ti­que.

Dans ce fossé ces­sons de vivre ;

Je finis vieux, infirme et las.

Les pas­sants vont dire : Il est ivre.

Tant mieux ! Ils ne me plain­dront pas.

J’en vois qui détour­nent la tête ;

D’autres me jet­tent quel­ques sous.

Courez vite ; allez à la fête.

Vieux vaga­bond, je puis mourir sans vous.

 

 

Oui, je meurs ici de vieillesse,

Parce qu’on ne meurt pas de faim.

J’espérais voir de ma détresse

L’hôpital adou­cir la fin ;

Mais tout est plein dans chaque hos­pice ;

Tant le peuple est infor­tuné !

La rue, hélas fut ma nour­rice.

Vieux vaga­bond, mou­rons où je suis né.

 

 

Aux arti­sans, dans mon jeune âge,

J’ai dit : Qu’on m’ensei­gne un métier.

Va, nous n’avons pas trop d’ouvrage,

Répon­daient-ils ; va men­dier.

Riches, qui me disiez : Travaille,

J’eus bien des os de vos repas ;

J’ai bien dormi sur votre paille.

Vieux vaga­bond, je ne vous maudis pas.



J’aurais pu voler, moi, pauvre homme ;

Mais non : mieux vaut tendre la main.

Au plus, j’ai dérobé la pomme

Qui mûrit au bord du chemin.

Vingt fois pour­tant on me ver­rouille

Dans les cachots, de par le roi.

De mon seul bien on me dépouille.

Vieux vaga­bond, le soleil est à moi.

 

 

Le pauvre a-t-il une patrie ?

Que me font vos vins et vos blés,

Votre gloire et votre indus­trie,

Et vos ora­teurs assemblés ?

Dans vos murs ouverts à ses armes,

Lorsque l’étran­ger s’engrais­sait,

Comme un sot j’ai versé des larmes.

Vieux vaga­bond, sa main me nour­ris­sait.

 

 

Comme un insecte fait pour nuire,

Hommes, que ne m’écra­siez-vous ?

Ah ! Plutôt vous deviez m’ins­truire

A tra­vailler au bien de tous.

Mis à l’abri du vent contraire,

Le ver fût devenu fourmi ;

Je vous aurais chéris en frère.

Vieux vaga­bond, je meurs votre ennemi.

 

Pierre-Jean de BERANGER